Nous faisons tous des gestes. Nous montrons une direction, saluons une connaissance, désignons un objet. Cette familiarité peut donner l’impression que la langue des signes française serait immédiatement accessible, pour peu que l’on observe bien. Elle mérite pourtant qu’on l’aborde avec la même curiosité qu’une langue dont on ne connaît pas encore le fonctionnement.
Une langue ne se résume pas à son vocabulaire
La présentation de la LSF proposée par le projet Langues et Grammaires du Monde dans l’Espace Francophone, soutenu notamment par le laboratoire Structures formelles du langage, rappelle que les langues des signes sont des langues naturelles. Elles appartiennent à des communautés de locuteurs et ne forment pas une langue unique utilisée partout dans le monde. La LSF est l’une d’elles. Consulter cette présentation linguistique.
Pour un débutant, chercher le signe associé à un mot constitue une porte d’entrée compréhensible. Mais reconnaître quelques signes et comprendre un énoncé sont deux apprentissages différents. Un dictionnaire aide à découvrir du vocabulaire ; il ne remplace ni l’apprentissage de la langue ni la pratique accompagnée.
Les mains ne travaillent pas seules
La fiche linguistique consacrée à la LSF distingue des paramètres manuels, comme la configuration ou le mouvement des mains, et des paramètres non manuels, dont le regard, l’expression faciale et la posture. Ces éléments participent à la construction de l’énoncé. Le visage n’est donc pas un simple accompagnement expressif ajouté aux signes. Voir la fiche de présentation de la LSF.
Pour découvrir ce fonctionnement, mieux vaut accepter de ne pas tout deviner. Une ressemblance visuelle peut donner une intuition ; elle ne suffit pas à établir le sens d’un échange. La curiosité devient plus féconde lorsqu’elle laisse place à l’apprentissage.
Rencontrer les personnes qui font vivre la langue
La Fédération mondiale des sourds défend la place centrale des personnes sourdes dans l’enseignement et le développement de leurs langues. Elle demande que leur expérience et leurs compétences soient reconnues, et que les ressources disponibles répondent aussi aux besoins des enfants sourds, des adultes sourds et de leurs familles. Il s’agit ici d’une position éthique et professionnelle, pas d’une démonstration d’efficacité scolaire. Lire la position de la Fédération mondiale des sourds.
Dans le projet préparatoire qui a précédé Entre eux, le choix d’un formateur sourd qualifié répondait à cette exigence : accorder une place réelle à une expertise linguistique et culturelle. Faire découvrir la LSF à des élèves entendants devait se construire avec les acteurs concernés, en tenant compte de leurs priorités et de leurs disponibilités.
À l’école, garder la question ouverte
Que pourrait susciter cette rencontre dans une classe ? Cette question peut nourrir un projet, mais elle ne donne pas sa réponse. On ne peut pas déduire du statut linguistique de la LSF qu’une initiation améliorerait automatiquement l’attention, la coopération ou les apprentissages des élèves entendants.
Ces effets éventuels demanderaient une enquête adaptée. Ils devraient être distingués de l’attrait pour une nouveauté, de la relation avec l’intervenant et des particularités du groupe. Le livre blanc consacré à ce projet pose justement des hypothèses et des conditions d’observation, sans présenter de résultats.
Une curiosité qui fait une place à l’autre
Découvrir une langue commence parfois par une difficulté très simple : ne pas savoir répondre. C’est une position inconfortable, mais intéressante pour un récit. Elle laisse aux personnages le temps d’essayer, de demander et de recommencer.
Respecter la LSF, dans ce carnet, consiste à maintenir cette attention : préciser ce que les sources permettent d’affirmer, reconnaître ce que l’on ignore et ne pas confondre quelques gestes familiers avec une langue que l’on maîtrise.
Sources et prolongements
Le livre blanc fournit le cadre de réflexion. Les ressources ci-dessous étayent uniquement les points précisés dans le texte.